Intervention du Syndicat CGT des Cheminots Actifs et Retraités de la SARTHE Mardi 7 mars 2017 – Commémoration 75ème anniversaire de l’assassinat de Pierre SEMARD.

Mr le Maire, Mme la députée,  Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames, Messieurs les Responsables d’Organisations d’Anciens Combattants, Chers amis, Chers Camarades,

 

Le syndicat CGT des cheminots actifs et retraités de la Sarthe rend hommage à Pierre SEMARD assassiné par les nazis le 7 mars 1942 à Evreux. Fils d’un cantonnier et d’une garde de barrières, embauché en 1910 à l’âge de 23 ans au réseau PLM. Militant CGT dès le début de sa carrière, son engagement lui valut d’être écarté du secrétariat du chef de gare pour être muté au service des trains. Homme engagé, syndicalement et politiquement. Il demeure une figure emblématique du résistant.

En 1920, il fait partie des 17000 révoqués au même titre qu’Henri BARBIN, alors secrétaire du Syndicat des cheminots du Mans, suite à la grève des cheminots qui permis d’obtenir le 1er Statut. Pierre SEMARD fut réintégré par la suite et pris des responsabilités en devenant secrétaire général de la Fédération des cheminots en 1921. Son appartenance au Parti Communiste, dont il fût le secrétaire général, lui valut d’être condamné à 3 ans de prison le 6 avril 1940.

Avant d’être fusillé par les nazis le 7 mars 1942, il a rédigé une lettre :

Je cite : « Je meurs avec la certitude de la libération de la France. Dites à mes amis les cheminots que ma dernière volonté est qu’ils ne fassent rien qui puisse aider les nazis. Les cheminots me comprendront, ils m’entendront, ils agiront ! J’en suis convaincu… Adieu chers amis, l’heure de mourir est proche. Mais je sais que les nazis qui vont me fusiller sont déjà des vaincus et que la France saura poursuivre son combat. »

Les cheminots ont entendu son appel, multipliant les actes héroïques désorganisant le transport indispensable à la machine de guerre allemande.

A ce titre, Pierre SEMARD, est donc notre héritage collectif, toutes générations de cheminots confondues. C’est aussi l’un des éléments constitutifs de notre culture cheminote, avec ses valeurs, ses traditions de lutte que nos gouvernants et dirigeants voudraient voir disparaitre. En 1937, d’ailleurs, il défendait l’idée d’une véritable nationalisation des chemins de fer, devant être accompagnée d’une coordination effective de tous les modes de transport dans l’intérêt des usagers et de la collectivité toute entière.

Nous associons à son combat, toutes celles et ceux qui comme lui, sont entrés dans l’action comme de nombreux militants ouvriers syndicalistes, souvent communistes et qui ont été livrés par l’Etat Français aux nazis qui les ont fusillés, comme ce fut le cas de Pierre SEMARD, mais aussi des martyrs de Châteaubriant dont le jeune Guy MOCQUET, 17 ans.

A l’heure où les acquis de la Libération issus du CNR tels que notre sécurité Sociale, œuvre d’Ambroise Crozat, ministre du Travail communiste  mais aussi nos Services Publics sont victimes d’attaques multiples. La xénophobie et le racisme s’affichent au grand jour, où la paix mondiale est chaque jour plus menacée, la CGT a fait le choix de contribuer à la transmission, entre générations de cheminots, de ce qui a été et reste essentiel de notre histoire.

Connaitre et comprendre les acquis sociaux est indispensable aujourd’hui pour combattre les décisions politiques visant à les réduire sous prétexte de crise. Les salariés ne doivent pas être les victimes d’une crise dont ils ne sont pas responsables. Leur souffrance au travail se traduit par une montée des intentions de vote pour le FN, ce désespoir généré par la crise capitaliste qui invite au repli sur soi est un enjeu majeur pour les élections à venir …

Permettez-moi quelques mois sur la situation des cheminots ne sont pas en reste puisqu’ils subissent de nombreuses suppressions d’emplois, moins 1 000 sur notre Région des Pays de la Loire en 10 ans…

Le site ferroviaire du Mans est en danger :

  • Les Ateliers SNCF survivent pour combien de temps si une véritable politique de réindustrialisation n’est pas mise en œuvre.
  • Le Technicampus est menacé.
  • La résidence TGV des contrôleurs du Mans est menacée de fermeture au 1er juillet
  • Le dépôt du Mans est visé dans les réorganisations.
  • Les directions d’établissement sont toutes réorganisées sur Nantes (Infrapôle, Traction, Contrôleurs), sauf l’Etablissement TGV.
  • Les gares TER d’Arnage, Ecommoy, La Suze, Connerré sont menacées de fermeture et le reste des gares seraient ouvertes en journée, à des horaires ne correspondant plus aux besoins des usagers…
  • Quel avenir pour les TER à l’heure de la mise en concurrence forcée suite à la Loi Macron et la volonté du Conseil Régional d’expérimenter la mise en concurrence à l’occasion des négociations sur la Convention TER des Pays de la Loire ?
  • Quel avenir pour les cheminots, quel avenir pour les emplois en Sarthe, quel avenir pour la ville du Mans et le département de la Sarthe ?…

Nous ne pourrions ici énumérer tous les coups portés aux salariés, mais la liste est longue et la souffrance ne peut être combattue que par la rue… N’oublions pas que demain se déroulera la Journée de lutte pour les droits des femmes en rappelant qu’à 15h40, leur activité devrait s’arrêter au regard de la différence salariale de 26 % entre les femmes et les hommes.  Mais à la CGT, c’est tous les jours que nous les soutenons en défendant leurs droits, notamment l’égalité professionnelle et la lutte contre le sexisme. D’autre part, la CGT organisera un débat le 23 mars sur cette question en présence de Sophie Binet, membre de la Confédération.

Les cheminots se rassembleront avec l’interpro aujourd’hui au Mans pour combattre la casse des Services Publics avec un rendez-vous à 14h15 à l’Hôpital du Mans, d’autres cheminots seront aussi à Nantes dès 15h30 pour accueillir Monsieur PEPY qui se glorifie de son action sur l’emploi cheminots auprès des associations …

D’autres échéances marqueront aussi le calendrier comme l’action interprofessionnelle du 21 mars prochain dans le cadre d’une politique de réindustrialisation et de la défense des Services Publics ou encore la réunion publique du mardi 28 mars pour débattre de l’avenir des TER, et je profite de cette rencontre aujourd’hui pour renouveler notre invitation à monsieur le Sénateur Maire.

Lucie AUBRAC, résistante qu’on ne présente plus disait : « Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent ! ». Si notre combat aujourd’hui n’est plus contre les nazis il est marqué par le combat pour la dignité humaine, le respect des droits de l’Homme et la lutte contre le Capital qui concentre 1% de la population percevant 99% des richesses produites.

Chères et chers amis et camarades, même si elle se présente sous d’autres formes, la criminalisation des syndicalistes et tout particulièrement celle des militants CGT, n’est pas qu’une affaire du passé.

A la suite des mouvements de juin 2014 pour une autre réforme du système ferroviaire français, de 2016 pour une convention collective du ferroviaire de haut niveau et pour gagner un Code du travail du 21ème siècle, des camarades de la CGT dont des cheminots ont été trainés devant les tribunaux et traités comme de vulgaires criminels parce qu’ils étaient ciblés comme des dirigeants du mouvement social.

Encore à l’heure actuelle, comment ne pas se révolter lorsque des syndicalistes sont traduits en justice, poursuivis comme des terroristes pour le simple fait de s’être engagés dans les luttes contre la fermeture de leur entreprise, contre les délocalisations ou simplement d’avoir assumé leur rôle de responsable syndical CGT.

Alors oui, honorer la mémoire de Pierre Sémard en 2017, 75 ans après son assassinat, n’a rien d’archaïque ou de passéiste comme certains pourraient le laisser penser. Bien au contraire, se souvenir de ce combattant, de ce militant syndical et politique qui nous a fait l’honneur d’être le premier dirigeant de notre fédération, c’est nous engager à poursuivre les mêmes combats. C’est perpétuer inlassablement cette bataille pour une société plus humain et plus juste, pour la paix entre les peuples. C’est nous attacher à être très modestement, mais avec lucidité et détermination, ses dignes et fiers héritiers.

Le syndicat CGT des Cheminots Actifs et Retraités de la Sarthe vous remercie de votre   attention et de votre présence en l’honneur d’un grand Homme et Camarade.   Merci.